La semaine passée, j’ai introduit dans mon blog la sensation de «peur», ce stress, ces angoisses qui nous accompagnent régulièrement, sous toutes sortes de formes et à des degrés très divers…
Et, il faut reconnaître que, cet été, nous en avons connues quelques unes, lors de notre pèlerinage vers Compostelle…
Au départ, tout d’abord, après deux mois de temps magnifique, la météo change et nous sert un vent de face assez fort, montant rapidement à force 7, et ne montrant aucun des signes d’accalmie que les bulletins météo apaisants ou les fichiers GRIB prévoyaient… Fatigue, inconfort et petite angoisse… D’autant plus que la décision de relâcher à Dunkerque en venant du large nous oblige à traverser des bancs de sable dans une mer très chaotique…
Puis, nous voilà à Dunkerque, amarrés et pensant déjà à l’apéro… Mais, voilà, fumée à l’intérieur, flammes visibles dans le compartiment moteur… S. qui dort, avec ses boules quies, comme un bébé bienheureux, juste à côté, sans se réveiller… J’ai un coup de chaud, un coup de très chaud… J’hurle à S. de sortir, tout en maniant l’extincteur… Très peu de dégâts finalement… Mais, pendant les 48 heures à Dunkerque, un malaise… Et si, on n’avait pas vu la fumée tout de suite… Et si c’était arrivé en mer…
Suivent les deux traversées du golfe de Gascogne. La première fois que nous naviguons dans un vrai océan… La première fois que nous allons aussi loin de la côte… La première fois que nous voyons des profondeurs dépassant les 4000 mètres… Moi qui n’aime déjà pas trop quand je n’ai pas pied dans une piscine…
L’aller dans des vents portants bien soutenus, assez irréguliers et exigeant pas mal de vigilance, surtout dans les parties sous spi, avec une figure de style mémorable, lors d’un affalage un peu tardif, dans 25 noeuds de vents… Traversée très inconfortable à cause du roulis et des surfs parfois un peu brutaux…
Le retour est retardé deux fois à cause d’avis de grand frais, en plein mois de juillet… Pas plus de confort qu’à l’aller, avec un vent plutôt du secteur avant, pas mal de grains et des vagues qui mouillent vraiment, le tout sans pilote automatique…
Difficile de manger convenablement, difficile de dormir convenablement… Nous sommes fatigués et nous consommons pas mal d’énergie, ce qui conduit à des risques de bêtises comme d’appuyer sans le vouloir sur le bouton SOS de la balise spot… Avec tout le gaspillage humain que cela a bêtement généré…
Chaque équipier a réagi différemment à toutes ces sources de stress et de fatigue..
Certains ont trouvé ce périple trop long: trop de temps en mer, pas assez d’escales et de découvertes…
D’autres se sont demandé si le choix d’essayer d’aller plus loin, imposant ces longues étapes de plusieurs jours non-stop, est vraiment approprié…
S’habitue-t-on avec les heures et les milles à cet inconfort? Une traversée de 2 ou 3 jours de mer serait-elle trop courte pour vraiment se mettre dans un rythme de long terme, mais un peu trop longue par rapport à nos capacités physiques, lorsque les conditions sont mauvaises?
Alors survient le doute… Sommes-nous vraiment capables d’aller loin? Sommes-nous vraiment capables de naviguer 2, 3 ou 4 semaines d’affilée sans arriver totalement crevés? Est-ce que les traversées océaniques sont un plaisir ou un mal nécessaire pour aller dans d’autres mers? Pourrons-nous un jour être vraiment prêts à partir loin et longtemps?
Ou, peut-être, est-ce Xhosa, qui, taillé selon les principes de la jauge IOR, est trop rouleur et trop puissant et pas assez adapté à mon programme de navigation? Pourtant aller vite fait clairement partie de mon cahier des charges… Et il me paraît inconcevable d’échanger Xhosa contre un bateau plus lourd et plus lent…
Ou s’agit-il simplement de patience et de temps? Continuer les entrainements et naviguer sur d’autres bateaux, comme équipier, dans des conditions plus difficiles…
Le doute est bien là… Les questions sont gravées dans ma tête, mais les réponses ne semblent pas simples… Peut-être s’agit-il d’une réaction normale? Un ami, qui a traversé deux fois l’Atlantique me disait qu’il avait trouvé ses deux traversées très longues et ennuyeuses: «Il n’y avait que de l’eau autour du bateau…»… Après tout, personne n’aime les longues minutes de souffrance tout au long d’un marathon, mais quel bonheur quand on franchit la ligne d’arrivée avec un chrono proche de l’objectif fixé…
Je garde une très forte envie de partir pour un tour de l’atlantique, voire plus loin… Mais comment savoir si une telle traversée sera bonheur ou cauchemar?
Alors, nous continuerons à rassembler les expériences des autres mais, l’année prochaine, nous ferons quelque chose de plus calme… Nous irons moins loin… Nous garderons la possibilité de faire plus d’arrêts, en fonction de l’humeur et des conditions météo… Mais nous continuerons à aller voir ce qu’il y a derrière l’horizon…
