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Monthly Archives: janvier 2010

Cartes, crayon, règle cras … ou Macbook?

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 Ça y est, j’ai fait le pas. Je l’ai commandé sur internet. Il sera livré la semaine prochaine…

 

Pourtant, j’ai toujours été très crayon et papier… J’aime profondément plier et déplier les cartes, tourner les pages des livres, des pilotes ou autres éphémérides et almanachs… Sortir le sextant de sa boîte et mesurer une hauteur, ou l’angle entre 2 amers…

 

Il y a quelques années, lors d’un cours de navigation côtière, l’instructeur, photographe ayant abandonné l’argentique depuis longtemps, convaincu profond que seul l’électronique avait un avenir en navigation, s’emmêle les pinceaux dans la nouvelle interface graphique de MaxSea et a beaucoup de mal à me convaincre qu’une carte électronique, c’est mieux qu’une carte papier, un crayon et une règle Cras… Surtout dans un bateau où il fait humide et où l’électricité est une denrée très rare et les ordinateurs très gourmands…

 

Rebelote lors d’une semaine en Guadeloupe. Sur un Class40 équipé de MaxSea, je commence à utiliser l’outil informatique pour la navigation. C’est facile et amusant de voir la trace qui s’imprime sur l’écran… Mais, que se passe-t-il? La précision des cartes ne serait-elle pas à la hauteur des outils électroniques? Selon l’ordinateur, nous sommes en train de naviguer sur la terre ferme… Pas très rassurant, même très inquiétant.

 

Je reviens donc d’autant plus convaincu que rien ne vaut des gisements mesurés au compas de relèvement, des bouées, des profondeurs, bref, les méthodes traditionnelles…

 

En plus, je n’aimais pas l’idée des cartes scannées, qui me semblaient être une dénaturation des cartes papiers, en donnant une fausse impression de précision, et les cartes vectorielles étaient encore très chères et plutôt réservées à la marine marchande. Sans oublier que je suis un inconditionnel de Mac … Et les logiciels pour Mac étaient à peu près inexistants…

 

Mais le temps passe et les choses changent. Nos ambitions de croisières lointaines nous donnent envie de mieux communiquer, d’avoir l’email et l’accès à internet à bord, de gérer nos photos ou de mettre à jour le blog sur Voiles et Voiliers… Alors, pourquoi pas aussi un logiciel de navigation? Il en existe d’excellents sur Mac maintenant et les cartes vectorielles sont devenues très accessibles…

 

Voilà, la semaine prochaine, un Macbook tout neuf, juste pour Xhosa… avec tout ce qu’il faut: MacEnc, les cartes Navionics le chargeur 12V, le multiplexeur NMEA et tout le reste… L’adresse email et la connexion 3G sont prêtes. La liaison satellite suivra probablement quand nous irons plus loin…

 

Une page semble se tourner. Je ne me vois, néanmoins, pas encore quitter le port sans carte papier, crayon, gomme, sextant et éphémérides… Juste pour garder la navigation sous mon contrôle ou être prêt en cas de panne de courant… Ou simplement pour garder le plaisir de la navigation « papier »…

Histoire d’eau…

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Elle coule, elle ruisselle, elle s’infiltre, … Elle est parfois salée, parfois douce… Elle est souvent liquide mais parfois aussi solide ou vapeur… L’eau, à elle seule, est toute une histoire…

 

L’eau salée, tout d’abord. Fondamentale pour le marin car c’est elle qui forme les mers et les océans. C’est elle qui porte le bateau et permet au marin de « marcher sur l’eau » et de réaliser son rêve en arrivant à bon port, de l’autre côté de la mer.

Son pire ennemi, également, son pire danger, le pire risque: les vagues scélérates, l’homme à la mer, le naufragé qui meurt de soif, dans sa survie, malgré les millions de tonnes d’eau tout autour de lui!

Une véritable relation type «je t’aime, moi non plus».

 

À l’opposé, l’eau de pluie. Eau douce et pure, cadeau qui, en tombant du ciel, coule et se répand partout et rince tout. Elle élimine le sel, qui forme ces vilaines traces blanches et garde tout humide et poisseux…

En plus, elle nous permet de survivre, quand les réserves d’eau sont basses.

L’eau de pluie coule, ruisselle et suinte partout et, surtout, là où on ne veut pas: dans le cou, par un hublot ou un aérateur ouvert ou sur la couette, par un des boulons du rail d’écoute plus tout à fait étanche (il faut vraiment que je le répare celui-là cet hiver…)

Cette eau de pluie qui toujours finit dans la mer et très vite devient salée…

 

Nos ancêtres lui ont inventé une variante géniale: l’eau chaude. Merveilleuse invention pour préparer rapidement, et sans effort dans un bateau qui gîte sérieusement, café, thé, soupe, nouilles et plein d’autres… Toutes ces bonnes choses qui nous permettent, d’un coup, par un simple bol chaud, bien serré entre les mains, d’oublier le mauvais temps, la pluie et les vagues, à l’extérieur…

Et puis, l’eau chaude, c’est aussi ce moment tant désiré et tellement agréable: la vraie première douche que l’on prend au port, après une longue traversée, et que l’on fait durer…

 

Quand l’eau se condense d’un coup en un épais brouillard, dans des endroits de grand trafic, elle génère des scènes inquiétantes; on a tous vécu des moments d’angoisse, oreilles grandes ouvertes, à l’écoute des cornes de brune qui résonnent tout autour du bateau; impossible de les voir, ni même de les situer correctement, juste sur base du son, mais on essaie quand même… Au milieu du rail du Pas-de-Calais, c’était vraiment pas top. On devrait peut-être installer l’AIS sur Xhosa…

 

Finalement, nous ne pourrions finir ce « tour sur l’eau » sans parler de la glace. Ces gigantesques icebergs, tellement majestueux et beaux, mais qui ont prouvé être capables de couler des paquebots… heureusement pas là où Xhosa va d’habitude…

Plus classique et beaucoup plus agréable, les cubes de glace pour l’apéro, sous un beau soleil et un vent juste ce qu’il faut…

 

Ah oui, c’est juste, il n’y a pas de surgélateur sur Xhosa, bon, alors, sans glace, le whisky…

Rêve Atlantique

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 C’est un rêve qui a commencé, il y a plus de 25 ans. À l’époque, étudiants, nous avions le temps…. Mais seulement un tout petit bateau, pas du tout équipé pour une aventure transatlantique.

 

Puis, les circonstances familiales m’ont fait arrêter la voile et m’ont éloigné de la mer, empêchant le rêve de se poursuivre.

 

Tout semblait définitivement fini et enterré jusqu’à ce qu’une opportunité se présente à Cannes, il y a quelques années, nous permettant à D. et à moi de recommencer à naviguer, sur un petit voilier de 7 mètres avec un skipper très expérimenté et rayonnant de passion.

Ont suivi quelques locations en Croatie, puis en Guadeloupe – un class40 ayant participé à la Route du Rhum- puis en Grèce, dans une ambiance Meltem corsée.

 

Et le virus revient très vite… Alors quand Xhosa, sur lequel nous avions navigué plusieurs fois, est mis en vente, pas d’hésitation…

 

Très vite, les sorties et les distances s’allongent. En général à deux, D. et moi, explorons une zone de plus en plus large et Xhosa se laisse dompter et manier assez facilement, malgré sa vocation plutôt course pour des équipages IOR gros bras.

 

Avec les distances, les nuits à bord et l’extraordinaire sentiment d’exploration à chaque traversée vers un autre port, le rêve Atlantique reprend forme et vigueur. Puis, l’année passée, au retour d’une croisière tranquille, au moment de quitter le bateau pour retourner à la réalité du travail et du quotidien, la décision tombe, comme un couperet : oui, nous allons traverser l’Atlantique.

 

Vite, acheter le livre de Jimmy Cornell et planifier la route : l’été, descendre aux Canaries ; en Décembre, cap à l’ouest pour passer Noël aux Caraïbes ; un peu de cabotage local, pourquoi pas Cuba ; puis, en Avril, remonter vers le nord. Irions-nous jusqu’à Boston, faire une visite éclair à mon frère, ou peut-être une escale à New-York pour faire un peu de shopping ? La suite est des plus classiques, les Bermudes puis retour en Europe…

 

Il faut maintenant définir le timing. Pour pouvoir faire un compte à rebours et préparer tout ce qu’il nous faut. Deux options : tenter une retraite anticipée en 2017, lorsque les 6 enfants auront fini leurs études, et partir, par exemple, le premier dimanche de juin, histoire de faire une fête entre amis le week-end du départ. Mais cela risque d’être trop tôt pour pouvoir arrêter de travailler et, en même temps, cela semble tellement loin dans le temps.

 

L’alternative, faire le tour par morceau pour que je puisse revenir travailler entre-temps et prêter le bateau à des amis ou à la famille pour des étapes intermédiaires. En regardant les calendriers de près, il semble qu’il doit y avoir moyen de combiner quelque chose en utilisant les jours de congé et les jours fériés pour ne dépasser que de très peu les quotas standard. Ce qui signifierait un départ en mai 2014 pour les Canaries ; décembre, traversée vers les Antilles et mai 2015 pour revenir…

 

L’option 2 est très attirante mais plus difficile à gérer et ne permettant pas de visiter beaucoup… Mais dans la mesure où se préparer pour l’option 2 n’empêche pas de passer à l’option 1, elle devient très vite le scénario de base.

 

Et c’est maintenant que le vrai travail commence. Il faut tout préparer, installer, organiser. S’équiper du matériel indispensable, sans tomber dans l’excès de l’inutile, devenir tout à fait autonome en électricité et en eau, sans transformer un bateau relativement léger en supertanker…

 

Et puis, il faut gérer la peur de l’inconnu : c’est long 20 jours de traversée sans rencontrer personne d’autre que son équipier ! C’est comment l’Atlantique quand il ne fait pas beau ? Comment capter la météo ? Faut-il un routeur à terre ? Comment gérer la nourriture ? Ai-je le matériel de rechange et les outils qu’il faut ? Quelles formations suivre ? … Tant de questions, sans réponses dans les livres, jusqu’à ce que le voyage se fasse…

 

Le rêve est subitement devenu très concret et la liste des choses à faire s’est fort allongée mais nous sentons qu’il va se réaliser. Il ne tient plus qu’à nous de faire le pas et de nous laisser porter par Xhosa sur les traces de Christophe Colomb…

 

Nous vous tiendrons informés …

Rencontres du 4ème type

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 La voile doit donner une image très asociale aux non-pratiquants et mériterait probablement une analyse sociologique approfondie. Néanmoins, derrière une image de solitude et d’isolement, elle est, en fait, un facteur de rencontre: moyen puissant et sans échappatoire de se révéler et de dévoiler la réalité profonde des membres de l’équipage ; moyen également de faire des rencontres étonnantes, amusantes, insolites, voire même, émouvantes, parfois.

 

Tout d’abord, il y a la rencontre avec soi-même ; se gérer personnellement face aux difficultés, aux moments de doute et de peur. Le petit pincement au cœur du skipper à chaque départ pour une nouvelle traversée, l’inquiétude refoulée quand le vent monte plus vite et plus fort que ce qui était prévu, l’attention continue dans les périodes de repos, entre 2 quarts, au mouvements du bateau, aux actions des équipiers et aux bruits bizarres…

 

Ensuite, la rencontre avec la vraie personnalité des équipiers, derrière les façades construites pour la terre ferme. Quelques heures ou jours en mer permettent de déceler la nature profonde de ceux-ci et de dévoiler des facettes souvent inconnues à terre: celui qui a peur et celui qui est à son aise quand le bateau gîte. Celui qui s’ennuie et celui qui veut toujours aller plus loin et rêve sans cesse de partir au-delà de l’horizon. Celui qui est toujours le premier à bondir pour faire une manœuvre ou pour faire les corvées et celui qui est un peu tire-au-flanc. Celui qui comprend tout immédiatement et celui qui vous regarde avec des yeux écarquillés à chaque demande…

 

A cela s’ajoute l’organisation un peu spéciale sur un bateau: un « patron », ayant autorité absolue, et des équipiers ayant des rôles définis par leurs propres compétences, et cet «organigramme » qui n’est pas fixe et qui peut changer à tout moment en fonction des personnes présentes. En plus, le patron naturel à terre sera peut-être simplement le mousse à bord…

 

Enfin, il y a les rencontres au port, les voisins de pontons que l’on invite pour l’apéro (alors que l’on n’invite pas souvent ses voisins en ville !), les autres plaisanciers que l’on croise par hasard et les nombreuses rencontres insolites.

 

Parmi toutes celles que nous avons faites, certaines nous restent en mémoire :

 

La rencontre à Boulogne avec un homme, dont nous avons oublié le nom, et qui nous a raconté son amour pour les anciens gréements. Il avait fait construire un petit voilier sur base de plans anciens, qu’il skippait en solo pour aller à Ostende à un rendez-vous d’anciens gréements… Bateau pas rapide, ne remontant pas au près, mais le rêve de toute une vie…

 

Nos ados (filles) qui, après avoir bu un verre à bord de 3 voiliers affrétés par des étudiants dans une grande école de Lille, ont trouvé, tout à coup, que la voile était un sport formidable…

 

Un des accompagnateurs dans la solitaire du Figaro, lors de l’escale à Cherbourg en 2008, qui, reconnaissant Xhosa de sa participation aux Skippers d’Islande l’année précédente, se met à nous raconter sa propre participation à la course, tout en se remémorant l’ancienne propriétaire, créant avec nous une sorte de lien affectif par Xhosa interposé…

 

Ce bateau anglais, voisin de ponton à Guernsey, qui nous propose d’utiliser sa place à Lymington, dans le Solent, notre destination suivante …

 

Et tant d’autres… qui font de chaque navigation et de chaque port visité quelque chose d’un peu spécial…

 

Y aurait-il quelque chose de magique sur les voiliers et dans les ports pour favoriser ce type de rencontres ou est-ce simplement la solitude et l’isolement inévitables de la navigation et de l’océan qui rendent ces rencontres au port et aux escales plus intenses?

La troisième dimension de la navigation

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La navigation en mer présente une différence fondamentale avec la « navigation terrestre ». Elle a, en effet, une troisième dimension, à savoir la profondeur.

 

Cette troisième dimension est particulièrement insidieuse parce qu’elle ne se « voit » pas et les appareils de mesure habituels se contentent de donner l’information là où on est et pas devant le bateau.

 

En plus, la profondeur change tout le temps, en fonction de la marée ou des bancs de sable qui se déplacent, ce qui complique encore la situation, même sans tenir compte des effets de la pression atmosphérique, du vent ou de la houle.

 

C’est pour cela que les marins ont inventé le pied du pilote, qui, contrairement au pied humain, a une tendance à continuer à grandir à l’âge adulte, de façon proportionnelle à l’allongement des bateaux successifs et de la sagesse, prudence ou maturité du skipper.

 

Lorsque nous avons commencé à naviguer dans les années 70, le bateau était un Lanaverre 590, dériveur lesté. 40 cm de tirant d’eau, dérive haute. Jamais un problème de profondeur. C’était, en fait, de la voile à 2 dimensions, puisqu’on pouvait naviguer partout où l’on voyait de l’eau.

 

L’ennui, c’est que l’on ne va pas très loin avec un tel bateau et assez vite nous sommes passé sur un Sangria, ayant 1,25 m de tirant d’eau. En Manche, 1.25 m est inférieur à la profondeur « standard » des ports ou des passes et permet de rentrer à pas mal d’endroits sans se tracasser, certainement en-dehors des périodes de vives-eaux. Donc, à nouveau, peu de souci de ce côté-là.

 

Après plus de 20 ans d’interruption, nous avons repris la voile et nous sommes orientés vers un bateau plus grand, plus rapide, bon marcheur au près (je ne sais pas vous, mais moi j’ai toujours le vent dans le nez), plus spacieux et confortable.

 

Nous avons alors acheté Xhosa, qui a toutes ces caractéristiques mais un tirant d’eau de 2.3 m. Xhosa est un bateau extrêmement agréable et rapide, mais réclame un peu de prudence dans la gestion de la profondeur car les ports de la Manche sont plutôt conçus pour des bateaux calant moins de 2 mètres.

 

Nous avons donc eus quelques moments de honte comme lors de notre première croisière sur Xhosa, en Normandie. Après quelques heures de près serré, dans 25 nœuds de vent, à tirer des bords contre le courant du cap Gris-Nez, nous tournons le coin et arrivons à Boulogne. Fatigués, nous rentrons, sans faire trop attention, en suivant le pêcheur du coin, « qui a l’air de bien connaître le port »… Oui, mais lui, a très peu de tirant d’eau… Bref, nous nous ensablons et devons attendre 2 heures pour nous dégager, rouges de honte, en entendant l’opérateur du port dire à un bateau entrant, inquiet en nous voyant : «pas d’inquiétude, il suffit de faire la manœuvre convenablement »…

 

Malgré l’attention portée, les cartes de détails, nous avons toujours un petit pincement de cœur quand le sondeur se met à baisser. Surtout que les cartes ne sont pas toujours correctes ou les ports pas dragués suffisamment, comme à Ramsgate, ou nous nous sommes retrouvés dans 1.4 m d’eau là où il devait y en avoir 2.5 m, à Sovereign Harbour, où les nombreuses bouées du chenal étroit et peu profond sont placées de façon un peu approximative en fin de saison…

 

Il nous est aussi arrivé, à Lymington, d’avoir une petite crise de daltonisme et de confondre les bouées rouges et vertes… sans conséquences autres qu’une petite marche arrière rapide au moteur…

 

Mais les ports à faible profondeur n’ont pas que des inconvénients. Quel confort qu’une nuit à Gravelines ou à Rye, bateau bien droit, quille enfoncé dans la vase, sans aucun mouvement, comme à l’hôtel…

 

Nous pourrions raconter beaucoup d’autres histoires et situations où la profondeur nous a angoissés mais la voile n’aurait probablement pas le même piquant si les bateaux n’avaient pas de quille…


Notre arc-en-ciel en 2009

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L’arc-en-ciel est un phénomène bizarre et attirant. Il combine pluie et soleil, et semble donc être capable de réconcilier l’eau avec le feu ou la souffrance avec le bonheur…

Dans ce billet, quelques souvenirs ou simples « images » de nos sorties en 2009, afin de vous faire partager nos émotions, souvent pleines de contradiction, joie et souffrance en même temps.

Nous les avons organisées comme les couleurs d’un arc-en-ciel…

 

Rouge

Rouge comme la rage, la colère et le désespoir quand le chantier terminant l’hivernage de Xhosa nous annonce, deux jours avant un grand départ, que l’étai est abîmé en tête de mat et que nous ne pouvons pas naviguer comme cela. Puis course contre la montre pour amener Xhosa au moteur à Blankenberge, le faire réparer et joie de partir avec seulement 32 heures de retard.

Rouge comme la planète Mars, bien visible une nuit noire au milieu de la Manche et qui relativise la distance que nous parcourons par rapport à l’immensité de l’espace.

Rouge comme un magnifique coucher de soleil, privilège de celui qui prend le premier quart de nuit ou de celui qui a encore du mal à dormir dans un bateau qui bouge.

Rouge comme les phares de ces immenses cargos que nous apercevons au loin,  dans le rail du le Pas-de-Calais et entre lesquels il faudra passer. Nous voient-ils du haut de leurs milliers de conteneurs ? Et quelle est la destination de tous ces conteneurs que nous avons pu voir charger, au  pas de course, la nuit précédente à Harwich ?

 

Orange

Orange comme le tourmentin, même s’il n’est pas sorti de son sac en 2009. Un seul coup de vent au-delà de 35 nœuds, au portant. L’occasion de faire des pointes de vitesse au surf et de battre le record de vitesse du bateau : 14.7 nœuds d’abord puis15.0 nœuds sur l’eau! Record battu !

Orange fluo comme les capuchons des cirés ce même jour entre Dartmouth et Portland. La pluie s’est installée à la minute où nous quittions le port pour ne s’arrêter qu’une fois arrivés à bon port.

 

Jaune

Jaune comme le soleil qui nous brûle dans la pétole, et qui nous enlève les derniers espoirs d’arriver en Irlande, avant l’échange d’équipiers.

Jaune, comme les bancs de sable qui découvrent à marée basse à l’embouchure de la Tamise et changent radicalement le paysage. Ces bancs de sable qui créent une vraie angoisse en les traversant pour passer de Harwich à la rivière Crouch, lorsque le sondeur se rapproche graduellement de zéro et que le navigateur, très anxieux, repasse en revue ses calculs de marée en cherchant l’erreur…

Jaune comme les marques spéciales de balisage dont on ne trouve pas souvent la raison d’être, sur les cartes ou les guides, et qui génèrent mille questions au même navigateur, déjà rendu anxieux par la profondeur.

 

Vert

Vert comme la mer du Nord quand le mauvais temps et la pluie approchent.

Vert comme l’électricité produite par l’éolienne installée l’hiver passé et qui nous rend autonomes dès qu’il y a du vent et nous donne le sentiment qu’il n’y a plus de limites à nos navigations et traversées.

Vert comme l’environnement et la faune que l’on découvre chaque fois que nous y sommes attentifs: les quelques phoques qui ont élu domicile à la côte belge ou les centaines qui apparaissent dans l’estuaire de la Tamise, dès que la marée baisse. Les dauphins qui nous ont accompagnés dans une transmanche ou ces deux oiseaux sans noms, fatigués, qui se sont arrêtés quelques heures sur le pont de Xhosa et ont partagé avec nous un morceau de pain, un peu comme un repas entre amis.

 

Bleu

Bleu comme la mer quand le ciel est dégagé et l’eau profonde.

Bleu comme le ciel un jour de pétole, à envoyer et affaler le spi toutes les 10 minutes pour essayer d’avancer au près dans 4 nœuds de vent au large de Dartmouth. Le bonheur d’arriver à stabiliser la grande bulle de temps en temps et d’avancer plus vite que le vent.

Bleu comme les magnifiques yeux de D, mon équipière et femme, quand elle sort, furieuse du carré pour nous demander d’arrêter de tirer des bords carré, toute la nuit, contre le courant, dans la passe étroite devant Dunkerque et de mettre le moteur pour faire les 10 derniers milles qui terminent une très belle croisière de 700 milles, plutôt que de jouer aux puristes de la voile.

 

Indigo

Indigo comme beaucoup d’indications sur les cartes marines papier. Ces cartes qui nous font rêver et imaginer des croisières et deviner les formes et paysages des côtes au loin.

Indigo comme les petites flammes indiquant un feu sur une bouée ou un phare sur un rivage. Le bonheur de voir apparaître à l’horizon, comme sortant de l’eau, les feux d’Ostende puis de Nieuport, au retour d’un week-end éclair à Lowestoft. Aller-retour, à deux, vent de travers – à l’aller comme au retour – à belle vitesse, sans problème ni pépin, si ce n’est un pilote automatique capricieux nous obligeant à barrer en continu un bateau un peu sur-toilé et désireux de visiter l’Ecosse plutôt que Lowestoft.

 

Violet

Violet comme le ciel en fin de nuit quand les premières lueurs semblent se dessiner dans l’est, indiquant que la fin du quart approche et que le duvet nous attend.

Violet comme l’hématome sur ma jambe, suite à une manœuvre d’envoi de spi et une chute dans un hublot resté ouvert. Et dire que c’était moi qui avais ouvert le hublot…

 

Pluie, soleil, vent, pétole, souffrance, bonheur, tant de souvenirs difficiles à partager…