Depuis longtemps, j’ai envie de consacrer un billet à la peur. Mais jusqu’à présent, je n’avais pas encore trouvé l’angle d’approche… Mais voilà, Voiles et Voiliers m’a aidé en publiant cette semaine, sur son site, un article sur la peur que ressentent les coureurs au large…

 

http://www.voilesetvoiliers.com/course-regate/article/6141/yann-elies-franck-cammas-armel-le-cleach-comment-les-coureurs-au-large-composent-ils-avec-la-peur

 

La peur à bord peut revêtir des habits très différents!

 

La véritable peur, tout d’abord, dans des moments particulièrement dangereux, où la mort est très proche… Comme Yann Elies quand il s’est cassé la jambe dans le Pacifique Sud ou lorsque Thierry Dubois a passé deux ou trois jours dans sa survie dans de l’eau à 0°C, bien au sud dans le Pacifique Sud, sans savoir si les secours arriveraient…

 

Pour nous, plaisanciers, ce n’est pas cette forme de peur qui nous concerne, car nos bateaux et nos navigations ne tentent pas de pousser les limites aussi loin que ce que font les coureurs au large… Même si des situations comme un homme à la mer peuvent certainement se classer dans cette première catégorie…

 

Il y a une autre forme de peur, plus insidieuse, une sorte d’appréhension qui nous accompagne probablement tous, plus ou moins régulièrement… Ces mille et une choses qui peuvent arriver et qui nous font un peu peur…

 

Extrait de l’article de V&V:

 

Quels sont donc les éléments déclenchant de ce sentiment diffus? «La méconnaissance d’une situation et de la façon dont elle va se terminer», avance Yann Eliès. Plus globalement, ce sont le manque de maîtrise, la perte de repères et le sentiment d’impuissance qui font naître la crainte. S’ils s’accordent sur les causes de la peur, les trois skippers interrogés ne redoutent pas les mêmes situations: Armel avoue une légère appréhension face aux orages, Yann redoute davantage de jouer au rase-cailloux et de planter son bateau, tandis que Franck évoque les moments qui précèdent l’arrivée d’une grosse dépression.

 

Pour nous aussi, les orages, un vent qui forcit plus que prévu ou un passage dans un endroit dangereux amènent inévitablement une sensation d’angoisse, d’appréhension ou de peur… Et, à ce moment, le skipper doit apprendre  à contrôler cette peur et à l’utiliser pour anticiper, contrôler et gérer les risques… Pour apprendre et progresser et se sentir plus à l’aise dans des situations plus difficiles… Je me souviens de ma première traversée de la Manche en 1979, avec l’inévitable passage entre les cargos du rail… Ou mon premier passage au Raz Blanchard un peu plus tard… Le danger est resté le même mais la peur a disparu…

 

En outre, le skipper doit également veiller sur l’équipage et rassurer chacun de ses membres… S’il ressent une appréhension, ses équipiers moins amarinés le feront probablement d’autant plus… Une gîte un peu forte ou un  bateau qui surfe en puissance, la nuit, générant un bruit fort et impressionnant dans la cabine… Une réduction de voilure, pas vraiment indispensable, peut générer un calme et un bien-être compensant largement la petite perte de vitesse…

 

Et la voile n’est pas différente d’autres sports exigeants… Le commentaire de «flot74» à la fin de l’article paraît extrêmement pertinent. Il compare voile et montagne… D’une part, il égratigne un petit peu le «machisme» habituel dans le monde du sport, mais, surtout, il donne à la peur un rôle constructeur:

 

Extrait:

 

Dans le milieu sportif en général et dans le milieu masculin en particulier, parler de la peur entraine une certaine gêne, car les hommes sont peu familiarisés avec leurs émotions, et aussi parce que parler de sa peur, c’est généralement perçu comme un aveu de faiblesse. Je sais de quoi je parle, j’ai été guide de haute montagne. J’ai appris à considérer mes inquiétudes et mes peurs comme des signaux sur un tableau de bord. L’inquiétude, la peur, nous signalent qu’il se passe quelque chose, qu’il faut être attentif, qu’on arrive dans des limites, qu’on ne maitrise pas tout, qu’on n’est pas des machines ou des surhommes, mais bien des êtres humains. Ces émotions sont utiles et nécessaires. La peur nous incite à nous protéger, à prendre soin de nous, et des autres. ça n’empêche pas de réaliser de belles navigations, de beaux voyages, au contraire…

 

Voilà donc, la peur revue sous un autre angle… La peur face à la mort… mais surtout la peur habituelle, l’appréhension face aux éléments naturels que nous ne dominons pas… A nous d’apprendre à la gérer en harmonie avec l’équipage…

 

 

 

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