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Monthly Archives: novembre 2012

Les Enfants de Mercator

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Voilà le titre de l’email que je reçois d’un ami, ancien pilote de ligne, très versé en navigation astronomique et calculs nautiques, …


Ce titre m’intrigue: Gérard Kremer, dit Mercator, aurait-il eu des enfants? Et, ceux-ci auraient-ils fait d’autres découvertes, à l’image de leur père?


Je lis la suite de l’email:


«Nous sommes des enfants de Mercator. Nous naviguons sans trop nous poser de questions, dans des rectangles délimités par des méridiens et des parallèles. Et, il nous semble aller de soi que les angles mesurés sur la carte aient même mesure que les angles correspondants mesurés sur la terre.»


«Nous devrions être choqués, à tout le moins étonnés, de voir que les méridiens ne se rejoignent pas aux pôles. Mais, nous ne le sommes pas. Le pôle Nord est à moins de 5000 km de chez nous, bien plus proche que ne l’est Kinshasa. Mais, sur la carte, on ne peut pas le représenter, il est à l’infini, et cela ne nous interpelle pas…»


Le constat est irréfutable… La projection Mercator est imprimée dans nos gênes et nous ne la remettons jamais en question, tant elle nous semble naturelle…
Je poursuis ma lecture…


«Ce que nous comprenons plus difficilement, c’est que la ligne droite sur la carte ne représente pas le chemin le plus court entre deux points sur terre. Le trajet qui fait un angle constant par rapport aux méridiens, la ligne droite sur la carte devrait aussi être le chemin le plus court. Cela va de soi. Pourtant, ce n’est pas le cas!»


«Par contre, le chemin le plus court, la ficelle tendue entre deux points sur la sphère, le chemin qui devrait nous sembler le plus naturel, l’orthodromie, nous paraît très compliqué avec cette route qui varie sans cesse.»


«Nous sommes donc bien des enfants de Mercator…»


Je suis intrigué. La carte Mercator serait-elle un peu comme la pomme de Newton? Depuis la nuit des temps, nous savons qu’elle tombera vers le sol mais il a fallu attendre 1666 pour que quelqu’un se dise qu’il devait y avoir quelque chose derrière cette évidence…


En serait-il de même pour la loxodromie et l’orthodromie? Je continue à lire…


«Il n’en a pas toujours été ainsi.»


«Avant Mercator, on ne connaissait que l’orthodromie. Les polynésiens qui se guident aux étoiles naviguent orthodromiquement. Lorsque nous naviguons à vue vers un phare, lorsque nous traversons un bois en nous guidant à l’aide du soleil, lorsque nous traversons une rue, lorsque nous suivons le GOTO de notre GPS, nous faisons de l’orthodromie.»


Ainsi donc, l’orthodromie – la recherche de la ligne droite – serait le réflexe naturel que nous avons toujours eu… Mercator aurait-il réussi à reprogrammer nos neurones… A-t-il réussi à mettre en place un énorme lavage de cerveau, à créer une sorte de nouvelle religion, au point que tous les marins du monde se soient mis à préférer naviguer selon des courbes, plutôt que selon le chemin le plus court?


La suite de la lecture me donne le nom du vrai coupable: le compas…


«Lorsque les premiers compas sont apparus et que les premiers pilotes ont navigué à cap constant, bien malin celui qui aurait pu prédire les lieux où le navire passerait en quittant un endroit donné avec un cap donné.»


«On se rendait bien compte, en essayant de la reproduire sur une sphère, que la trajectoire du navire ressemblait à une spirale, mais comment trouver simplement la spirale qui joignait deux ports ?
Pour aller d’un point à un autre à cap constant, on procédait par essais et erreurs. Celui qui, en quittant Le Caire, avait eu la chance d’arriver à Malte notait soigneusement, jalousement, le cap, que l’on appelait à l’époque le rhumb de vent.»


C’est donc le compas qui nous a forcé à passer de l’orthodromie à la loxodromie… Et la carte Mercator est devenu son fidèle acolyte, permettant de prévoir la destination… Mais sa découverte ne fut pas un processus simple…


«Les premiers à s’attaquer au problème, comme Pedro Nunes ou plus tard Simon Stevin, ont tenté de définir quelques routes à « rhumb » constant. La seule route qui leur paraissait naturelle, la seule route qu’ils étaient à même de calculer, c’était l’orthodromie. Ils ont donc approché la loxodromie en la découpant en petits morceaux d’orthodromie.


Depuis l’arrivée de la vapeur jusqu’à l’apparition du GPS, par un de ces retournements dont l’histoire a le secret, nous avons fait l’inverse, nous avons approché l’orthodromie en la découpant en morceaux de loxodromie !»


Je croyais que l’orthodromie était un concept plus compliqué que la loxodromie… Je croyais que l’orthodromie avait été développée après la loxodromie… Mais c’est l’inverse, comme si la relativité avait été développée avant la physique «classique»…


Mais, en réalité, la loxodromie est plus compliquée que l’orthodromie!


«La loxodromie est une route en spirale très compliquée à calculer et il a fallu attendre Newton, Leibnitz et le calcul intégral pour pouvoir le faire exactement.


Le génie de Mercator est d’avoir inventé une carte où cette route apparaît simplement comme la ligne droite qui joint deux points et où, cerise sur le gâteau, l’angle mesuré entre cette route et le méridien correspond précisément au rhumb de vent à tenir.


Cela n’allait vraiment pas de soi.»


Et, pourtant, cela nous semble si naturel!


Oui, nous sommes bien les enfants de Mercator!




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Quelques nouvelles…

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Cela fait déjà quelques semaines que je n’ai plus rien écrit… Pas que les idées manquent… Mais le retour au travail, début septembre, quelques voyages et d’autres activités consommatrices de temps m’ont montré que je dois retrouver l’habitude de gérer avec parcimonie mon temps, ce bien si précieux…


Xhosa va bien, sur son ber face au port, un peu à l’écart des autres bateaux, mais bien visible des badauds. D’ailleurs, le fait qu’il soit resté hors de l’eau toute la saison semble avoir généré quelques questions chez les passants. Serait-il à vendre?


Eh bien non! Pas encore, j’ai toujours l’intention d’aller naviguer et le Danemark est la prochaine cible…


Les travaux qu’il fallait faire cette année sont pratiquement terminés. C’est d’ailleurs la première fois que je suis en avance! Comme quoi, toute chose a du bon!


La coque a été refaite et est prête à reprendre la mer la saison prochaine. L’hydro-générateur est installé. Et, j’ai bien avancé dans ma longue liste hivernale de petits travaux, finissant pas mal de choses, parfois difficiles, souvent ennuyeuses…


Le téléphone satellite a trouvé une place fixe, avec une antenne extérieure, qui nous permettra de rester contactables en permanence… Un travail facile en soi, sauf le passage du câble d’antenne jusqu’à l’arrière de Xhosa, qui a été un peu laborieux… J’en ai aussi profité pour revoir un peu l’électronique, surtout au niveau de la charge, maintenant que nous disposerons, en principe, de beaucoup de courant, totalement vert, en permanence!


Et puis, la chasse habituelle aux infiltrations d’eaux et tous les nettoyages et vérifications annuelles… La préparation à l’hivernage pour Xhosa alors que les bateaux du Vendée Globe s’apprêtent à partir pour un sprint de 3 mois et que Merena se prépare à la deuxième étape de son tour du monde…


Mais pour Xhosa (et son skipper), c’est le train-train retrouvé, après une année difficile…




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