Nous sommes passés deux fois à Helgoland et y avons séjourné en tout 5 nuits. Suffisamment pour en faire le tour et y relever un sérieux paradoxe…


Helgoland est une île d’environ 2 ou 3 km de long. Un bloc de granit rose qui dépasse le niveau de la mer de 70 mètres. Elle fait partie de l’Allemagne et a occupé, pendant la guerre, un rôle stratégique comme point avancé de défense de Hambourg.


On voit encore aujourd’hui les vestiges de ce rôle, en particulier au port, dont les jetées sont nettement plus grandes que ce que l’activité portuaire semble nécessiter. Mais aussi tout autour de l’île avec des jetées bétonnées un peu partout…


En contraste avec ces restes belliqueux, Helgoland est devenu une réserve naturelle. Les oiseaux y nichent par milliers et plusieurs zones autour de l’île sont totalement interdites à toute navigation… L’île même est interdite aux voitures, si elles ne sont pas 100% électriques… Une vraie volonté de protéger l’environnement, même si les traces de béton sont encore là pour pas mal de temps…


Au niveau politique, Helgoland jouit d’un statut particulier. L’île a son drapeau et a obtenu un statut fiscal intéressant pour la vente d’alcool, de tabac ou de parfum…


Ce statut spécial génère une vraie question car il amène une contradiction entre le rôle de l’ile en tant que réserve naturelle et le flux incessant de touristes d’un jour, en quête d’une bonne affaire fiscale…


En observant les flux de près, on s’aperçoit que les marchandises mises en vente sur l’île sont acheminées sur l’île par bateau depuis Cuxhaven, en Allemagne… Sur des bateaux fonctionnant au diesel… Même si les derniers mètres entre le port et les magasins se font à l’aide de voitures électriques… Comme pour se donner bonne conscience…


Creusons un peu plus loin encore… Des milliers de bouteilles d’alcool sont acheminées à Cuxhaven, puis transportées à Helgoland…. Et des milliers de touristes d’un jour prennent également le bateau à Cuxhaven pour aller à Helgoland acheter ces milliers de bouteilles sans payer les taxes allemandes habituelles… Puis ces touristes et ces bouteilles reprennent la mer dans l’autre sens, vers Cuxhaven, pour rentrer en Allemagne… Un joli paradoxe entre le statut de réserve naturelle de l’île et sa politique de protection de l’environnement et son commerce d’alcool, très consommateur de diesel et de CO2…


L’île n’a pas de nappe aquifère et l’eau n’est pas produite sur place mais importée d’Allemagne. Cela fait que faire le plein d’eau d’un bateau de plaisance au port est cher et limité à 70 litres… Nous avons presque payé plus cher pour l’eau que pour l’électricité sur les pontons… Mais des tonnes d’eau sont transportées par bateau pour le confort des touristes d’un jour…


Et donc, cette île pourrait être jolie… Cette île pourrait être un vrai lieu de pèlerinage pour ornithologues… Un endroit où la nature est respectée… Mais le statut fiscal spécial, important probablement pour la survie commerciale de l’île, introduit un sérieux biais et en fausse sérieusement son aspect écologique… L’île est-elle vraiment une réserve naturelle ou ce statut est-il simplement un outil marketing?


Contradiction, inévitable peut-être, entre vraie volonté d’agir pour la nature et besoin pécuniaire…




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