Lorsque nous sommes partis de Nieuport, la météo était assez simple. Le vent était relativement faible au départ et devait se renforcer petit à petit au fur et à mesure que nous nous approchions des Orcades, mais sans jamais dépasser les limites du raisonnable… Bref, une météo ne créant pas vraiment de souci…

 

Mais voilà, à proximité de Peterhead, les prévisions ont commencé à devenir plus « limites » et les météorologues britanniques se sont mis à remonter leurs prévisions de bulletin en bulletin, jusqu’au niveau de tempête, ce qui nous a incité à faire une pause-météo à Peterhead et d’en profiter pour passer une bonne nuit complète…

 

Mais cette pause a coïncidé avec l’annonce d’une série de dépressions atlantiques sur l’ouest et le nord de l’Ecosse, rendant la suite de notre voyage beaucoup plus compliquée… D’autant plus qu’à 3 endroits différents – Pentland Firth, Hoy Sound et Sound of Sleat- nous avions des contraintes de courant très fortes, nous obligeant à passer à des moments bien précis et à condition que les vents ne soient ni trop forts, ni trop contraires aux courants…

 

Enfin, il fallait tenir compte des équipiers en transfert pour être sûrs qu’ils puissent prendre leurs avions comme prévu ou qu’ils atterissent là où nous étions…

 

Un vrai casse-tête météo, qui m’a fait un peu craindre à Peterhead de ne pas y arriver et de devoir aller à Oban par le canal Calédonien plutôt que par les Orcades…

 

Il y a deux ans, j’ai écrit un billet sur le routage en croisière côtière.

 

http://xhosa.blogs.voilesetvoiliers.com/2013/06/09/faut-il-croire-au-routage/

 

Dans ce billet, je mettais en garde contre une utilisation trop scientifique du routage qui aurait cherché à tirer plus de précision des données des fichiers Grib que ces données ne contiennent… Néanmoins, ma conclusion était que le routage donne des informations intéressantes à condition de les comprendre et d’en appréhender les limites. La trace entre Peterhead et Stromness en forme de banane montre bien l’impact du routage, avec ici comme objectif d’anticiper la rotation vers le nord du vent…

 

 

Cette année, j’ai utilisé le routage de Weather4D un peu différemment afin d’intégrer et de représenter toutes les contraintes définies par les passages difficiles. En mettant un waypoint aux endroits de passage critiques, où il y avait lieu de bien contrôler le timing et les vents, je pouvais facilement trouver le moment de passage idéal en faisant fluctuer, par itérations successives, l’heure de départ. Il suffisait ensuite de vérifier que le reste de la route était acceptable, en sachant que Weather4D intègre déjà certaines contraintes de vent et de vagues définies par l’utilisateur.

 

Et cela nous a permis de trouver les meilleures fenêtres météo, respectant toutes les contraintes…

 

Bien sûr, la variable principale étant l’heure de départ, nous avons eu un prix à payer…

 

Nous avons dû quitter Peterhead à 00h UTC, ce qui n’est pas le moment le plus agréable pour se lever et partir naviguer.

 

Et quelques jours plus tard, nous sommes sortis de Stromness à 01h30 UTC, juste après le passage du cœur d’une dépression, sous la pluie, afin de profiter au maximum de la fenêtre de 72 heures qui s’offrait à nous et nous assurer d’être au port à Oban avant le coup de vent suivant prévu pour le vendredi.

 

Et comme 72 heures ne suffisaient pas pour faire quatre étapes distinctes pour rejoindre Oban, nous avons également dû revoir nos plans et faire des étapes de 120 à 130 milles, très loin du cabotage tranquille imaginé à l’origine…

 

Mais ces concessions nous ont permis d’atteindre notre objectif et de faire le tour via les Orcades, durant un mois de mai 2015, considéré par les locaux comme un des plus mauvais de tous les temps…

 

Et comme les fichiers Grib se sont montrés assez justes globalement sur les 24 premières heures, le système a marché à merveille et nous a permis de passer aux 3 endroits critiques avec moins de 15 minutes d’écart par rapport à nos plans, malgré parfois une navigation de plus de 12 heures pour y arriver…

 

Enfin, comme l’outil permet d’afficher la position réelle du bateau par rapport à la position « routée », nous avons pu suivre notre avancement tout au long de la navigation et rester rassurés que nous serions à temps aux endroits critiques.

 

Bref une autre façon d’aborder le routage au travers de ses capacités à définir un timing précis plus que pour l’optimisation de la route à parcourir.

 

Et juste pour la beauté de la photo, je joins l’arrivée aux Orcades sous un puissant grain…

 

 

Je raconterai les étapes Stromness-Oban dans un prochain billet…

       

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